La création des entreprises par les jeunes au Maroc : Motivations et obstacles

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La création des entreprises par les jeunes au Maroc :

 Motivations et obstacles

                                                                                        

 

Badreddine EL MOUTAQI

Doctorant à l’Université Mohamed V- Rabat

FSJES- Salé

Roumayssoiou AMIR MOILIM

Docteure en sciences économiques à l’Université Mohamed V-Rabat

FSJES- Salé

 

                                                

 

 

Introduction 

Cet article s’inscrit dans les réflexions en cours sur la problématique de l’insertion des jeunes dans la vie économique par le biais de l’entrepreneuriat. En effet, la création d’entreprise représente aujourd’hui un mode d’insertion professionnelle alternatif au recrutement classique, voire comme un cursus permettant aux jeunes de sortir de l’exclusion de s’intégrer dans la sphère économique.

Selon les statistiques du Bureau international du travail (BIT), le monde est marqué par un taux de chômage élevé chez les jeunes. Au Maroc, l’insertion des jeunes suscite des préoccupations croissantes chez les décideurs, en ce sens, plusieurs mesures ont été prises afin d’encourager et accompagner et jeunes entrepreneurs. Toutefois, malgré les chantiers entrepris par les pouvoirs publics, les résultats obtenus demeurent en deçà des objectifs escomptés. En effet, le faible nombre d’entreprises créées permet de dire que le choix d’entreprendre est le moins envisagé par les jeunes marocains.

Afin d’avoir une meilleure compréhension de la problématique de l’entrepreneuriat des jeunes au Maroc, nous avons conduit une étude empirique portant sur un échantillon de 50 jeunes entrepreneurs. L’objectif visé est d’amorcer une réponse sur les facteurs qui motivent les jeunes à créer une entreprise dans le contexte actuel du Maroc, et également de mettre en exergue les spécificités et les obstacles entravant le processus de création d’entreprise chez les jeunes marocains.

Pour ce faire, nous allons dans un premier temps présenter une revue de littérature de la notion de l’entrepreneuriat. Dans un second temps, nous présenterons les dispositifs d’accompagnement misent en œuvre au Maroc au profit des jeunes créateurs d’entreprises. Enfin, nous exposerons les résultats de notre étude terrain.

  • L’ENTREPENEURIAT : une revue de literrature

Au cours des vingt dernières années, le phénomène entrepreneurial a connu un regain d’intérêt sans précédent. Pour Marchesnay (2001), ce changement peut s’interpréter comme une transition d’un capitalisme managérial arrivé à maturité, vers un capitalisme entrepreneurial reposant sur la valorisation l’esprit d’entreprise et l’initiative individuelle.

1- L’entrepreneuriat 

L’entrepreneuriat est parmi les concepts les plus controversés au sein de la communauté des chercheurs en raison de ces dimensions multiples. Cette divergence dans les conceptions de la notion de l’entrepreneuriat s’explique par son interdisciplinarité. En effet, l’entrepreneuriat en tant que objet de recherche n’est plus seulement l’apanage des économistes, mais il intéresse désormais d’autres disciplines des sciences humaines telles que : les sciences de la gestion, la psychologie la sociologie. Par ailleurs, les facettes multiples et complexes de l’entrepreneuriat poussent certains auteurs, comme Anderson (2002), à conclure « qu’il est impossible de s’accorder sur une définition précise de l’entrepreneuriat » (Janssen F & Surlemont B, 2009, P.26).

Dans un essai de définition, Vestraete T & Fayolle A (2005, P.13) proposent plutôt de classer les différentes définitions avancées par les auteurs selon quatre paradigmes[1] :

  • Paradigme de l’opportunité (Shan, Venkataraman, 2000) ;
  • Paradigme de la création d’organisation (Gartner, 2000) ;
  • Paradigme de la création de valeur (Ronstadt, 1984, Bruyat et Julien, 2001) ;
  • Paradigme de l’innovation (Schumpeter, 1954 ; Julien et Marchesnay, 1996 ; Druker, 1985).

Cependant, comme le note Janssen F et Surlemont B (2009, P.27) « Il est important de souligner que les auteurs qui s’inscrivent dans l’un ou l’autre courant de pensée concilient souvent plusieurs paradigmes en les associant à leur définition. Pour retenir une définition de l’entrepreneuriat, il est donc utile de s’inscrire dans une vision globalisante qui tienne compte des différents paradigmes cités plus haut ».

En substance, à la lumière des quatre paradigmes proposés par Vestraete T & Fayolle A, ces deux auteurs formulent une définition qui combine la création d’organisation, l’innovation, la création de valeur et la saisie d’opportunité :

« L’entrepreneuriat est une initiative portée par un individu (ou plusieurs individus s’associant pour l’occasion) construisant ou saisissant une opportunité d’affaire (du moins ce qui est apprécié ou évalué comme tel), dont le profit n’est pas forcement d’ordre pécuniaire, par l’impulsion d’une organisation pouvant faire naitre une ou plusieurs entités, et créant de la valeur nouvelle (plus forte dans le cas d’une innovation) pour des parties prenantes auxquelles le projet s’adresse ». (Vestraete T & Fayolle A, 2005, p.45)

2- L’entrepreneur : définition et motivations

2-1 – Le concept de l’entrepreneur

Selon Janssen F et Surlemont B, l’entrepreneur peut se définir comme étant « l’individu ou le groupe d’individus qui réussit (ou réussissent) à identifier dans son (leur) environnement une opportunité et qui arrive (arrivent) à réunir les ressources nécessaires pour l’exploiter en vue de créer de la valeur ». En effet, l’analyse des travaux théoriques portant sur le concept de l’entrepreneur permet de distinguer deux grandes approches : les approches déterministes, celles-ci se focalisent sur les traits de la personnalité de l’entrepreneur, l’objectif sous-jacent de ce type d’approches est de différencier l’entrepreneur des autres individus ; et les approches comportementales qui analysent le processus entrepreneurial comme étant le résultat de l’action d’un entrepreneur.

 

Tableau 1 : Quelques définitions du concept d’entrepreneur selon les écoles de pensées

Appellations des écoles Courants de recherche Définitions du jeune entrepreneur Auteurs de référence
L’école économique Approche comportementale Un entrepreneur est spécialisé
dans la prise intuitive de décisions réfléchies relatives à la coordination de ressources
Casson (1991)
L’école comportementale Approche comportementale L’entrepreneur se définit par
l’ensemble des activités qu’il met en
organisation.
Gartner (1988)
L’école psychologique avec les courants personnalistes et cognitifs Approche déterministe L’entrepreneur se définit par un
certain nombre d’attributs psychologiques que l’on décrit autant par la personnalité que par les processus cognitifs activés   pour la circonstance.
Shaver et Scott (1991)
L’école des processus Approche comportementale L’entrepreneur est celui qui
développe des opportunités et crée une organisation pour les exploiter.
Bygrave et Hofer (1991)

Source : DENIEUIL. P Noël et MADOUI. M (2011, P.37)

2-2 – Les motivations entrepreneuriales

Parler de l’entrepreneur revient à s’interroger également sur ses motivations, car celles-ci sont essentielles pour comprendre ce dernier. Johnson et Darnell (1976) regroupent les motivations entrepreneuriales sous deux catégories : les motivations de type « Pull » et les motivations de type « Push ».

Par facteur Pull on entend que la motivation derrière la création d’une entreprise par l’entrepreneur est la réalisation d’un avantage matériel et/ou non matériel, et de facteur push quand la création découle d’un conflit entre la situation actuelle de l’entrepreneur et celle qu’il souhaiterait connaître.  Le dire autrement, « La perception d’une opportunité de marché, la réalisation personnelle ou la recherche de profit peuvent être considérées comme des motivations pull, tandis qu’une situation de chômage, d’insécurité d’emploi, un emploi peu satisfaisant peu rémunérateur ou sans perspective de progression sont typiquement des motivations push ».  (Janssen F & Surlemont B, 2009, P.38).

Dans la littérature cette dichotomie Pull/Push a été substituée par les concepts de « l’entrepreneuriat de nécessité » (Push) et « l’entrepreneuriat par opportunité » (Pull).

Tableau 2 : Les types de motivations entrepreneuriales

Pull : Entrepreneuriat par opportunité Push : Entrepreneuriat de nécessité
Gagner un maximum d’argent Sortir du chômage
Etre reconnu socialement Répondre aux attentes familiales
Développer des nouveaux produit et services Perpétuer la tradition familiale
Développer des nouveaux procéder de fabrication Ne plus avoir de patron
Augmenter le revenu Etre autonome
 Acquérir du prestige Créer son propre emploi

Source : JANSSEN F et GIACOMUN O (2009)

 

Pour Nakara W et Fayolle A (2012) l’entrepreneur par nécessité se caractérise par un manque de confiance en soi. Ces deux auteurs précisent également que les entrepreneurs de nécessité n’ont souvent que peu d’expérience professionnelle en adéquation avec leur projet. Il s’agit de personnes qui tentent pour la première fois l’aventure en tant qu’entrepreneur. Les entrepreneurs de nécessité ne sont pas préparés humainement et techniquement. Ils étaient contraints de créer leur entreprise à cause d’un cadre macroéconomique peu favorable.

II- Jeunesse et entrepreneuriat au Maroc

1- La jeunesse marocaine et le défi de l’insertion dans la vie active

La question de l’insertion des jeunes dans la vie active suscite des débats quant aux stratégies à adopter pour réussir cette mission. En effet, selon les données du Haut-commissariat au plan (HCP) les jeunes de 15 à 34 ans représentent 11,7 millions de personnes, soit 37% de la population totale. Cette situation constitue à la fois une chance et un défi pour l’économie nationale.

L’analyse du rapport du Conseil économique et social et environnemental (CESE) [2], publié en Mai 2012, et portant sur l’état des lieux de l’emploi des jeunes, montre que le Maroc ne fait pas l’exception en matière du chômage des jeunes. Ainsi, ce rapport fait ressortir les principaux constats suivants [3]:

  • Les jeunes sont la catégorie d’inactive la plus importante ;
  • Les jeunes sont les plus touchés par le chômage ;
  • Les jeunes diplômés sont fortement affectés par le chômage ;
  • Le chômage de longue durée affecte d’avantage les jeunes ;
  • L’emploi de jeunes demeure précaire

Ce constat met en exergue les difficultés rencontrées par les jeunes pour s’intégrer dans la vie active. Pour de nombreux spécialistes, cette situation résulte principalement de l’incapacité de l’économie marocaine à créer suffisamment d’emplois supplémentaires assurant l’intégration des jeunes dans la sphère économique. La prise de conscience de l’incapacité du marché de l’emploi à absorber les jeunes en âge de travail, a conduit les décideurs à mettre en place plusieurs dispositifs d’accompagnement pour encourager les jeunes à créer leurs propres entreprises.

En ce sens, plusieurs structures d’aide et d’accompagnement à la création d’entreprise ont été instaurées. Ces structures proposent des prestations allant de l’idée du projet à sa concrétisation et même un accompagnement post-création.

2- Les dispositifs d’aides et d’accompagnement des jeunes entrepreneurs au Maroc

La pratique de l’accompagnement à la création d’entreprise se fonde « sur une relation qui s’établit dans la durée et n’est pas ponctuelle, entre un entrepreneur et un individu externe au projet de création. A travers cette relation, l’entrepreneur va réaliser des apprentissages multiples et pouvoir accéder à des ressources ou développer des compétences utiles à la concrétisation de son projet » (Curzin et Fayol, 2004, P.74).

 

En effet, les structures d’accompagnement jouent un rôle important dans le processus de création des entreprises dans la mesure où elles contribuent à les légitimer dans leur environnement. Ainsi, comme le souligne Messegem K et Sammut S (2010, P.30) « en phase de création, les entreprises souffrent d’un manque de crédibilité par rapport aux firmes existantes car elles ne sont pas perçues comme suffisamment responsables et diables. Or, elles ont besoins de bénéficier d’une légitimité pour accéder aux ressources et pour pouvoir affronter les organisations existantes ».

Au Maroc, et dans le but d’accompagner les jeunes entrepreneurs et faciliter leurs auto-insertions, plusieurs dispositifs d’accompagnement et d’aide à la création d’entreprise ont été mis en place, notamment :

  • L’adoption, en 1987, de la loi 36/87 constitue le premier dispositif juridique mis en place par les pouvoirs publics en vue de favoriser l’auto-insertion des jeunes lauréats par la création de leurs propres entreprises. Ainsi, cette loi a donné lieu à la création du « fonds de soutien » réservé spécialement aux jeunes promoteurs ;
  • La création en 2002 des centres régionaux d’investissement (CRI), destinés principalement à assurer deux fonctions : l’aide à la création d’entreprises et l’aide aux investisseurs ; et la création en 2000 de l’agence nationale pour la promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC) ;
  • La création de l’agence nationale des petites et moyennes entreprises (ANPME) chargée de promouvoir et soutenir les PME ;
  • Cette dynamique a été poursuivi en 2006 par le lancement du programme « Moukawalati » (mon entreprise), et qui représente le premier dispositif global et intégré d’aide à la création des petites entreprises et leur pérennisation. Il est destiné aux jeunes porteurs de projets remplissant les critères d’éligibilité (Age entre 20 et 45 ans, être porteur d’un projet de première création d’entreprise dont le coût d’investissement se situe entre 50.000 et 250.000 dirhams).

En parallèle, sur le plan associatif plusieurs associations ont été créées dans de le but de promouvoir la création d’entreprise comme : l’Association des femmes Chefs d’entreprises du Maroc (AFEM) ; Centre des Jeunes Dirigeants (CJD); La fédération des PME ; Association marocaine pour la recherche- développement (R&D Maroc et la  Fondation du jeune entrepreneur (FJD). (Benmahane M, 2012, p154),

Cependant, malgré tous ces dispositifs d’appui et d’accompagnement à la création d’entreprise, les résultats sont loin des objectifs escomptés (voir graphique ci-dessous). Le nombre d’entreprise créée au Maroc par les jeunes demeure faible. En effet, 6 ans après le lancement du programme Moukawalati, le nombre d’entreprises créées est estimé à 2030 entreprises (soit 410 entreprises par an) sur 30 000 prévus initialement.

Il convient de noter que depuis le lancement de ce programme, le nombre d’entreprises crées n’a cessé de régresser d’une année à l’autre passant ainsi de 612 en 2007 à 430 en 2009 et à seulement 53 en 2012.  En parallèle, comme l’indique le tableau ci-après le financement bancaire des projets Moukawalati n’a pas dépassé 406 MDH (le nombre d’entreprises créées ayant bénéficié d’un financement bancaire n’a été que 918 projets entre 2007 et 2011). Or, Moukawalati a été conçu pour faciliter le financement bancaire des MPE qui sont créées par les jeunes diplômés chômeurs. (Boussetta M, 2012)

Le tableau ci-après synthétise les principaux résultats obtenus dans le cadre du programme Moukawalati entre 2007 et 2011.

Tableau : Résultats globaux du programme Moukawalati (2006-2012)

        Source : Caisse centrale de garantie, Maroc (Octobre, 2012)

Afin d’étudier ce constat, nous avons choisi de mener une enquête auprès d’un échantillon composé de 50 jeunes entrepreneurs. Le but envisagé par cette démarche est de mettre en exergue les principaux obstacles rencontrés lors de la création d’entreprise par les jeunes au Maroc. Ainsi, les résultats de cette enquête seront présentés de la section suivante.

 

iii- Etude empirique

Nous avons choisi, dans notre recherche empirique, d’administrer un questionnaire à un échantillon de jeunes entrepreneurs. Cet outil, de collecte de données, permet de sonder un nombre important de cas en un temps relativement limité. Le questionnaire a été conçu de façon à répondre à la problématique annoncée au départ.  En effet, il comporte quatre grands axes. Le premier a pour objet d’identifier le profil et les caractéristiques des jeunes entrepreneurs enquêtés. Le second vise à déceler les motivations entrepreneuriales de ces entrepreneurs. Le troisième axe a pour objectif de mettre en exergue les principaux obstacles rencontrés lors de la phase de création.  Le dernier axe, est destiné à l’évaluation des structures d’accompagnement au Maroc.

Le questionnaire est composé, en grande partie, de questions fermées. Le but de ce type de questions est de faciliter, d’une part, la réponse aux répondants, et d’autre part, simplifier le dépouillement et l’analyse statistique des résultats de l’enquête. Toutefois, des questions ouvertes ont été conçues pour laisser s’exprimer librement le répondant

Nous avons contacté 70 jeunes entrepreneurs par appels téléphoniques et par mail. Après plusieurs relances, nous avons reçu 50 questionnaires remplis, soit un taux de réponses qui dépasse 70%. Notre échantillon est réparti sur l’ensemble du territoire marocain et les entreprises choisies sont toutes de création récente.

1- Les traits généraux des jeunes entrepreneurs enquêtés 

Le profil de l’entrepreneur est considéré comme un des facteurs déterminant à la création d’entreprise. Des caractéristiques telles que l’âge, le genre et le niveau de formation, peuvent expliquer le choix et le domaine auquel s’oriente l’entrepreneur.  De ce fait, nous considérons que ces facteurs doivent alors être précisés pour le cas des jeunes entrepreneurs enquêtés que nous analysons ici.

En analysant les caractéristiques des jeunes entrepreneurs enquêtés, nous avons relevé une prédominance du sexe masculin qui tient la première position avec un taux de 80%, contre 20% seulement du côté féminin. Ce constat peut s’expliquer par le fait que, pour des raisons socioculturelles, au Maroc les hommes sont plus enclins à se lancer dans la création d’entreprise que les femmes. En ce qui concerne leur âge, comme le montre le graphique ci-dessous, 85 % ont un âge inférieur à 29 ans.

Graphique 1 : Répartition des jeunes entrepreneurs enquêtés par tranche d’âge 

Source : Données de l’enquête

Le niveau de formation des enquêtés est diversifié et relativement élevé. En effet, 28 % ont un diplôme supérieur (Bac+ 5), 24% ont une licence, 20% sont des techniciens, et 10% sont des ingénieurs. (Voir les résultats sur le graphique).

     Graphique 2 : Répartition des jeunes entrepreneurs enquêtés selon le niveau d’étude

Source : Données de l’enquête

 

En ce qui concerne l’expérience professionnelle des jeunes enquêtés, 65% affirment qu’ils ont déjà une expérience dans le domaine de l’activité choisie. Ils ont en moyenne 2,8 ans de travail avant de fonder leur entreprise. Ce qui confirme l’idée selon laquelle l’activité entrepreneuriale d’un individu est fonction de son expérience professionnelle (Robert P. et Sandrine E, 2007, p.187). Ce qui permet de dire également qu’une expérience acquise dans le domaine d’activité choisi par l’entrepreneur augmente la confiance du porteur de projet en sa capacité à réussir.

Toutefois, il convient de noter que ces jeunes avaient généralement une situation professionnelle instable, la plupart travaillant dans des entreprises privées (65%) ou était au chômage (35%). Par ailleurs, l’analyse par secteurs d’activité des entreprises créées donne la première position au secteur des Services avec un pourcentage de 55% suivi en deuxième place par le secteur des industries soit 25%

2- Les motivations des jeunes créateurs

Pour le cas des jeunes entrepreneurs enquêtés, l’entrepreneuriat comme choix de carrière s’explique en grande partie par l’absence de perspectives en matière d’emploi dans le secteur public et privé. Ainsi, l’acte entrepreneurial pour la majorité d’entre eux comme une solution pour faire face à une situation de précarité et non comme une volonté réfléchie par une action volontaire. Ce qui permet de dire que l’entrepreneuriat des jeunes marocains s’inscrit dans la catégorie de l’entrepreneuriat par nécessité.

D’après les résultats obtenus, la motivation la plus citée par les jeunes interrogés est la sortie du chômage (55%). La saisie d’une opportunité entrepreneuriale et l’intérêt à domaine précis viennent en deuxième position (avec respectivement 14%, 12% de réponses). Quant au rôle de la famille, il est très peu évoqué par les enquêtés et ne représente que 3% des réponses.

En somme, les motivations les plus importantes des jeunes créateurs enquêtés sont regroupées dans le graphique suivant :

 

 

 

 

Graphique 3 : Les motivations de création pour les jeunes entrepreneurs enquêtés (en%)

              Source : Données de l’enquête.

 

 

 

3- Les obstacles rencontrés à la création par les jeunes entrepreneurs

La majorité des jeunes enquêtés ont déclaré avoir rencontré des obstacles au départ. En effet, l’accès au financement a été identifié par 85 % des interrogés comme étant l’une des principales contraintes à la création d’une entreprise. En raison des procédures lourdes et des garanties exigées par les banquiers, seulement 25% des jeunes interrogés ont fait recours aux banques pour le financement.

Face à la faible implication des banques dans l’octroi de crédit, les jeunes entrepreneurs préfèrent faire des prêts auprès de leurs familles (65% de prêt familial contre 10% qui ont créé leurs entreprises en se basant sur l’apport des associés) pour le financement de leurs projets.  Le financement constitue donc le premier obstacle rencontré par les jeunes entrepreneurs marocains.

En plus, il est à noter aussi que d’autres difficultés se posent lors de la création de l’entreprise, notamment celles relatives au local, au montage de projet, à l’accès aux clients, et à l’obtention des autorisations auprès des administrations concernées.

Graphique 4 : Principaux problèmes rencontrés lors de la création par les jeunes entrepreneurs marocains 

Source : Résultat de l’enquête.

4- L’implication des structures d’appui dans l’accompagnement des jeunes entrepreneurs marocains 

Concernant l’accompagnement, une proportion de 45% des jeunes enquêtés affirme recevoir un accompagnement de la part des structures d’appui, contre 55% qui n’en avaient reçu aucun. En effet, pour ceux qu’ont bénéficié d’un accompagnement, le soutien de la structure d’accompagnement consiste, le plus souvent, à se porter garant auprès des banques (notamment pour les jeunes bénéficiaires du programme Moukawalati) pour faciliter l’obtention de crédit nécessaire. En plus, ces structures, et plus particulièrement l’ANAPEC, organisent des sessions formations dans le montage de projets au profit de jeunes porteurs de projet et assurent, également, un suivi post-création.

Cependant, malgré tous les dispositifs d’appui et d’accompagnement misent en place, les jeunes entrepreneurs enquêtés déclarent que cette aide reste insuffisante (seulement 40% sont satisfaits de la prestation des structures d’accompagnement). En effet, le suivi post création reste faible par rapport aux attentes des jeunes notamment dans les dernières étapes de la création et qui concerne la mise en relation avec la banque.

Le graphique suivant reflète la nature d’aides proposées par les structures d’accompagnement aux jeunes entrepreneurs enquêtés :

Graphique 5 : La nature de l’aide apportée aux jeunes entrepreneurs enquêtés par les structures d’accompagnement en % 

              Source : Données de l’enquête.

 

Conclusion

Ces dernières années, l’entrepreneuriat est devenu un thème central de recherche pour les économistes et pour les autres sciences sociales. Ce regain d’intérêt s’explique par le fait que la création d’entreprise joue un rôle positif dans la croissance économique et l’amélioration des conditions de vie d’une société.

Au Maroc, des dispositifs d’aides ont été mis en place pour inciter les jeunes à entreprendre et encourager l’action entrepreneuriale chez cette catégorie sociale. Cependant, malgré ces dispositifs, et comme nous avons pu le constater, la création d’entreprise par les jeunes est entravée par des obstacles liés principalement à l’accès au financement des projets et au faible taux d’accompagnement.

Ainsi, le système bancaire est appelé à s’impliquer d’avantage dans le financement des porteurs de projets, en facilitant les procédures de l’octroi de crédits aux jeunes porteurs de projets. Les structures d’accompagnement sont appelées à améliorer la qualité de leur encadrement afin de réduire le nombre massif de dossiers rejetés par les banques, et de les équiper des compétences nécessaires à une optimisation des chances de réussite et de pérennisation de leur affaire.

Enfin, il faut concevoir une stratégie de développement de l’esprit d’entreprise visant la diffusion large auprès des adolescents, des élèves et des étudiants d’informations se rapportant à l’entrepreneuriat dans le but de créer une prise de conscience par les jeunes de l’intérêt d’une carrière entrepreneuriale.

 

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[1] Un paradigme fait référence aussi bien à un ensemble d’hypothèses théoriques générales et de lois qu’à une communauté scientifique.

[2] Le Conseil économique et social et environnemental est une institution constitutionnelle indépendante, crée en février 2011, il assure des missions consultatives auprès du Gouvernement et des deux Chambres du Parlement. Il donne son avis sur les orientations générales de l’économie nationale et de la formation. (www.ces.ma).

[3] Rapport du Conseil économique et social et environnemental (CESE), « Emploi des jeunes », Maroc, Mai 2012, P.21