Entrepreneuriat universitaire : Etat des lieux et perspectives

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Entrepreneuriat universitaire : Etat des lieux et perspectives

 

Academic entrepreneurship: current statuts and perspectives

Mounya CHAHBOUNE 

mmanal1@yahoo.fr

 

Doctorante à la FSJES-Salé- Université Mohammed V – Rabat

 

Résumé

Traditionnellement, l’université marocaine dispense un savoir général et théorique qui ne permet pas nécessairement la création immédiate de richesse. Cependant, de par la nouvelle conjoncture économique et sociale, sa mission ne doit plus être  restreinte  à l’enseignement et la recherche mais plutôt à la sélection, l’accompagnement et l’évaluation  des projets entrepreneuriaux.

De ce fait, l’université d’aujourd’hui est  interpellée pour devenir un acteur clé du développement en produisant un savoir utile et faire émerger un esprit entrepreneurial.  Cet esprit d’entreprise se réfère à l’aptitude d’un individu de concrétiser ses idées par des actes et de se projeter tout en anticipant les risques. L’importance du rôle de l’enseignement dans l’encouragement d’attitudes et de comportements plus entrepreneuriaux est donc de plus en plus  reconnue.

L’air insufflé par la nouvelle réforme (LMD en 2003 et le programme d’urgence en 2009), à travers la création des structures (Exemple, le Réseau Maroc Incubation et Essaimage) et la mise en place d’initiatives (modules en culture entrepreneuriale), a jeté les jalons  servant de vecteurs de rapprochement entre l’université et l’entreprise.Pourtant, les résultats de ces initiatives ne sont pas à la hauteur des objectifs escomptés,  et les différents sens qu’on a voulu donner à cette relation université-entrepreneuriat.

Mots clés : enseignement supérieur, université, entrepreneuriat, incubateur, création de projet, étudiant, recherche.

Abstract

Traditionally, the Moroccan university gives a general and theoretical knowledge which does not allow necessarily the immediate creation of wealth. However, all over new economic and social situation, its mission should not be any more restrained to education and research but rather to selection, accompaniment and valuation of entrepreneurial plans.

So, today university is questioned to become a key actor of development by producing an useful knowledge and to make appear an entrepreneurial mind. This mind of firm refers to the aptitude of an individual to make its ideas concrete by acts and to cast while anticipating risks. The importance of the role of education in fostering attitudes and more entrepreneurial behavior is increasingly recognized.

The air instilled by new reform (LMD in 2003 and the urgent program in 2009), across the creation of structures (Example, Morocco Network Incubation and Swarming) and the installation of initiatives (modules in culture entrepreneurial), threw milestones acting as vectors of rapprochement between the university and the firm. However, the results of these initiatives are not as high as objectives discounted, and different senses that they wanted to give to this relation university-entrepreneurship.

Keywords :higher education, university, entrepreneurship, incubator, project creation, student, search.

Introduction

L’entrepreneuriat est considéré comme un outil clé permettant de stimuler la croissance économique et d’accroître les possibilités d’emploi et la lutte contre le chômage, ainsi que d’améliorer la productivité et la compétitivité.

Chercheurs et preneurs de décisions s’accordent pour dire que l’université a son rôle à jouer pour faire répandre la culture entrepreneuriale.  A noter qu’une université entrepreneuriale est une organisation dynamique et innovatrice, qui expérimente de nouvelles idées et de nouveaux processus, ce qui lui permet d’être toujours une locomotive pour le développement des actions encourageant l’entrepreneuriat.

Dans ce sens, l’entrepreneuriat universitaire pourrait se définir comme étant l’action, soutenue par le milieu de la recherche, pour générer de la valeur sur le marché du travail à travers la formation, l’innovation et l’accompagnement.

Le présent travail vise à présenter un état de lieux et de mesurer la portée de l’entrepreneuriat universitaire dans un contexte marocain notamment dans le cadre de l’université publique.

Pour ce faire, ce papier passe en revue les différentes approches théoriques de l’entrepreneuriat universitaire, et met en exergue le rôle de l’université, notamment dans sa relation avec l’entreprise. Et pour éclaircir les zones d’ombres de la problématique « comment l’université marocaine pourrait –elle promouvoir l’entrepreneuriat chez les étudiants ?» et rapprocher la réalité, nous avons réalisé une étude terrain par le biais d’un questionnaire, auprès des différents acteurs concernés.

Genèse de l’entrepreneuriat

Le champ de l’entrepreneuriat est éclaté et ses multiples composantes sont observées et analysées par des économistes, des sociologues, des historiens, des psychologues, des spécialistes des sciences du comportement ou des sciences de gestion[1].

Son étude fait appel à une littérature économique, à des approches  individualistes et autres processuelles.  Ces écrits économiques rendent compte de l’intérêt de l’entrepreneuriat dans le développement  économique, en lui attribuant les caractéristiques d’incertitude et de risque, en même temps en mettant l’accent sur l’aspect innovateur et agent de changement.

Quant aux approches liées à l’individu (Weber, McClelland, Manfred Kets de Vries, Hernandez, Landstrom, Carland), elles mettent en exergue les caractéristiques psychosociologiques des entrepreneurs, leurs traits de personnalité, leurs motivations, leurs comportements. L’objectif est de comprendre et de percer ces personnes qui osent entreprendre et de cerner les éléments influençant leur intention et attitudes entrepreneuriales[2][3].

D’où  le débat agitant et partagé sur ce point et qui conduit à s’intéresser à l’étude des processus entrepreneuriaux (Gartner, Bygrave, Hofer, Cunningham, Lischeron). Cette approche  considère l’entrepreneuriat  comme un phénomène complexe, multi-facettes et dimensions où l’évaluation personnelle, l’anticipation, l’action et la remise en cause des hommes et de l’organisation se font d’une manière itérative.

Outre les approches théoriques, plusieurs chercheurs s’intéressent à l’apport de l’entrepreneuriat et à sa valeur ajoutée dans le tissu économique et social. La création d’entreprise signifie la création d’emplois et pour pérenniser,  elle doit miser sur l’innovation et l’accompagnement de changements structurels[4][5].

Dès lors, pouvoir innover et accompagner nécessite le recours à la recherche scientifique  et à la formation et le développement des connaissances et savoir-faire. Des missions attribuées à l’université.

Rôle de l’université

L’Université marocaine est en mutation depuis l’approbation de la loi 01/00 de mai 2000 portant sur la réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique au Maroc. Cette loi est entrée en application en septembre 2003. Et elle stipule dans son article 7 que « dans le cadre des missions qui leurs sont dévolues par la présente loi, les universités peuvent assurer par voie de convention, des prestations de services à titre onéreux, créer des incubateurs d’entreprises innovantes, exploiter des brevets et licences et commercialiser les produits de leurs activités ».

Enmême temps, les universités peuvent jouer la carte de l’entrepreneuriat en renforçantleurs activités entrepreneuriales (prendre des participations dans des entreprises publiques et privées ; créer des sociétés filiales ; constituer des groupements d’intérêt public).

A ce titre, l’Université est, d’ores et déjà, un acteur incontournable dans le développement socioéconomique marocain. Elle est appelée à être plus flexible et plus réactive face aux nouveaux besoins et défissocioéconomiques, et ainsi être en phase avec les changements du tissu économique national qui connaitla création de différents dispositifs et structures d’information et de facilitation de l’auto-insertion des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle (CNJA[6], PIACE[7], ANPME[8]…).

Il s’agit en effet de faire de l’université un allié de l’entreprise en faisant face aux contraintes liées au contexte entrepreneurial et au profil des porteurs de projets et à leurs capacités managériales : un moyen pour participer à la résolution du problème du chômage.

Plus concrètement, le changement du rôle de l’université parl’élargissement de ses missions va permettre de diffuser une culture plus favorable à l’entrepreneuriat par le biais :

  • de la formation (transfert des connaissances, de savoir-faire et développement des compétences) ;
  • de la recherche (exploitation d’opportunités, création de valeur, transfert des résultats de la recherche vers le marché et l’industrie) ;
  • de l’accompagnement (structure de valorisation, d’incubation, dispositifs d’évaluation).

La mise en place de structures d’incubation incarne donc le croisement de deux politiques: l’innovation (développement de l’économie de la connaissance) et l’entrepreneuriat (son enseignement au sein des universités). L’idée est que ces pépinières d’entreprises ou incubateurs puissent offrir des conseils et des expertises pour une exploitation commerciale des brevets et licences[9][10].

De façon plus générale, l’incubation dans ce cadre est « une pratique consistant pour une université à encourager et à aider sur les plans financier, technique et managérial, ses employés et ses étudiants à créer leurs propres entreprises, grâce à toute forme d’appuiet d’accompagnement en vue de l’exploitation commerciale d’une idée ou d’une invention universitaire »[11]. De ce fait, les fonctions des incubateurs se résument dans les points suivants:

  • Héberger des projets issus de l’université pour une certaine période ;
  • Favoriser l’accompagnement ;
  • Permettre de trouver des débouchés ;
  • Participer à la construction d’un plan d’affaire dans le but de trouver des financements.

Toutefois, le fonctionnement des structures de l’incubation est au cœur d’enjeux qui risquent d’entraver son efficacité[12][13]:

  • Choc entre deux cultures différentes (académique et industrielle) ;
  • Problème de la propriété industrielle et sa répartition ;
  • Statuts juridique, organisationnel, financier et de gouvernance de ces institutions ;
  • Complexité des processus d’accompagnement de l’idée au projet et du projet à l’entreprise.

La mise en place d’incubateurs universitaires est née de  la relation université-entrepreneuriat, en jouant le rôle d’intermédiaire, et l’entrepreneuriat universitaire ne va atteindre son efficacité que par la valorisation de cette relation.

Emergence de la relation université –entrepreneuriat

Une des missions de l’université est de favoriser le passage des étudiants vers le monde professionnel. Ce qui constitue une brèche à cette relation. S’ajoute à cela d’autres phénomènes qui semblent contribuer à l’émergence de la relation université –entrepreneuriat.

D’abord, le modèle de la grande entreprise atteint ses limites ; c’est un modèle économique qui arrive à saturation dans la création de l’emploi et le développement économique local. Il faut chercher de nouveaux modèles qui peuvent résister et pérenniser dans des univers instables et à risques et savoir s’y manager.

Ensuite, le modèle du salariat comme mode de régulation entre les personnes, ne suffit plus pour absorber la main d’œuvre et créer le travail. La quête d’autres formes de professionnalisation mène alors à l’entrepreneuriat.

Par ailleurs, la prise de conscience par les pouvoirs publics du rôle de l’entrepreneuriat dans l’économie nationale et locale renforce la volonté du rapprochement des deux parties, notamment par quelques initiatives juridiques (Charte nationale sur l’éducation et la formation, loi 01-00).

En outre, les écrits sur cette relation la définissent comme un processus qui s’est construit par phases[14] :

  • Pré-relation : l’absence de l’entrepreneuriat au sein de l’université est alimentée par plusieurs préjugés sur l’entrepreneuriat (irrégularité, aléa, imprévisibilité, risque).
  • Initialisation: A ce stade commence la construction de la relation entrepreneuriat –université. Elle correspond à la phase de la prise de conscience des limites  du modèle de la grande entreprise et du modèle du salariat dans la création de nouveaux emplois et dans le développement économique, et qui se traduit dans les faits par le développement d’actions autour des missions de l’université.
  • Valorisation: concrètement elle se caractérise par une nouvelle vision aux missions attribuées à l’université. C’est-à-dire passer de l’aspect scientifique à l’aspect industriel [15], et se donner les moyens pour l’actionnabilité de la recherche[16], par la mise en place de services de valorisation des résultats de la recherche scientifique.
  • Intégration: le temps de l’intégration constitue la consécration des efforts fournis lors de la valorisation, par le biais de l’incubation. Ce dispositif doit permettre de mobiliser un réseau de compétences, d’accompagner concrètement les porteurs de projets sélectionnés, avec des moyens humains, matériels et financiers.
  • Évaluation : une étape nécessaire, mais rarement bien réfléchie et bien intégrée dans le processus de l’entrepreneuriat.Elle porte essentiellement sur les actions et moyens locaux. Elle manque de mutualisation et de vision stratégique unifiée[17].

L’utilisation de cette relation est une nouvelle voie pour rapprocher les deux mondes de l’entreprise et l’université et créer ce partenariat public-privé tant recherché par les pouvoirs publics et le secteur privé.

 

Présentation du cadre méthodologique

Après une brève revue de littérature, nous souhaiterons faire le point sur l’évolution de l’entrepreneuriat universitaire au Maroc. Nous avons élaboré un questionnaire pour recueillir des informations sur le sujet, auprès des différents acteurs impliqués dans l’entrepreneuriat universitaire. Le croisement de leurs réponses nous permet de conclure à des résultats fiables et représentatifs, ainsi que de confirmer que  la mission de l’université ne doit plus être restreinte  à l’enseignement et la recherche mais aussi  à la sélection, l’accompagnement et l’évaluation des projets entrepreneuriaux par le biais de l’incubation.

Cette étude nous permet aussi d’évaluer le niveau de perception de l’entrepreneuriat universitaire de la part des différents acteurs, en mesurant l’écart entre leurs attentes en la matière et  l’efficacité des dispositifs en place.

Notre enquête sur l’entreprenariat universitaire se déroule selon les étapes suivantes :

  • Elaboration d’un questionnaire que nous avons administré auprès d’un échantillon cible.
  • Evaluation et pré-test du questionnaire pour mieux l’ajuster.
  • Sélection et dépouillement des questionnaires renseignés exploitables,
  • Analyse et discussion des résultats.

Questionnaire

Le questionnaire se compose d’un tableau signalétique pour définir la qualité du répondant, et de 14 questions :2 ouvertes et 12 fermées avec échelle.Nous avons utilisées deux types d’échelles :

  • Sémantique (parfait, moyennant parfait, faiblement parfait, imparfait) ;
  • Binaire (oui, non, partiellement).

Ces questions portent sur la définition de l’entrepreneuriat universitaire, sur la formation du module « entrepreneuriat » au sein de l’université, sur l’incubation universitaire, sur le rôle du RMIE et de l’association Génie Maroc, et enfin sur des recommandations proposées par les différents acteurs impliqués.

 

 

Echantillonnage

L’extraction  d’un échantillon d’enquête est la base des résultats, décisions et recommandations  de chaque étude terrain. Il doit être représentatif de la population concernée, et offrir des résultats suffisamment précis. Pour la définition de notre échantillon, nous optons pour la méthode aléatoire simple. Après délimitation de la population  mère, il s’agit d’en tirer un échantillon au hasard et d’y prendre contact.

Notre échantillon se compose de différents acteurs concernés par l’entrepreneuriat universitaire : professeurs universitaires, étudiants, étudiants porteurs de projets, acteurs institutionnels et associatifs dans le domaine de l’entreprenariat universitaire. Notre terrain s’est restreint à certaines universités (Mohamed VAgdal et Mohammed V Souissi-Rabat, Casablanca, Fès et Tetouan).

Parmi les répondants retenus, le profil « étudiant » représente un taux de 67%,  les professeurs 14 %.

 

Tableau 1 : Statut des répondants

Frequency Percent Valid Percent Cumulative Percent
Valid Etudiant 87 67,4 67,4 67,4
Etudiant porteur de projet 12 9,3 9,3 76,7
Professeur 18 14,0 14,0 90,7
Acteur institutionnel 8 6,2 6,2 96,9
Acteur associatif 4 3,1 3,1 100,0
Total 129 100,0 100,0

Collecte de données

Nous avons administré notre questionnaire par voie électronique et en face à face. A l’issue de la phase de la collecte des données qui a duré deux  mois (du 1erjanvier au 28février 2014), nous avons retenu 130 questionnaires exploitables parmi 140 traités, donc un taux de réponse de 90,4%. A noter que nous avons dépouillé  les questionnaires renseignés par  le biais du logiciel « SPSS ».

 

Analyse des résultats de recherche

Après dépouillement des questionnaires, nous pouvons annoncer les résultats suivants :

  • Approximativement 98% des cibles enquêtés ne croient pas en l’existence d’un entrepreneuriat universitaire.
  • 92% des personnes enquêtées réclament une absence de formations universitaires en matière d’entrepreneuriatgénéralisées pour tous les étudiants. Les quelques modules proposés concernent les filières d’économie et de gestion. Mais tous les étudiants questionnés soit en économie- gestion ou autres filières  expriment leur besoin réelen la matière.
  • 51% des enquêtés (66 personnes) ne croient pas à l’efficacité des formationsdédiées à l’entreprenariat pour développer la culture entrepreneuriale chez l’étudiant marocain, face à 27% qui avancent une réponse positive.Concernant le développement de l’employabilité et du savoir-faire, ce chiffre s’élève à 92%. Cela rejoint la réponse des 82% des personnes questionnées qui pensent que l’université par le biais du dispositif de l’entrepreneuriat universitaire ne parvient pas à répondre aux besoins du marché de l’emploi.
  • Par ailleurs, 34% des répondants attestent d’un manque d’accompagnement de la part des incubateurs universitaires. En même temps, ces incubations ne sont-elles réservées qu’aux projets innovants et relevant de la recherche scientifique (84% des réponses), au détriment des étudiants juristes ou littéraires par exemple qui se sentent lésés vu qu’ils ne bénéficient pas de ce dispositif d’accompagnement.
  • Concernant la collaboration du Réseau Marocain d’Incubation et d’Essaimage (RMIE), nous enregistrons une certaine insatisfaction : 89% des réponses expriment une certaine réserve à propos d’une coopération concrète et témoignent d’un manque de travail commun et aboutissant  entre cette entité et les universités.  Quant à la collaboration entre le Groupe Estudiantin National pour l’Innovation et l’Entrepreneuriat (Génie-Maroc)  et  les universités, 56% de ces personnes avancent  des résultats assez mitigés; Toutefois, 82% des enquêtés ne connaissent pas les clubs  d’entreprenariat constitués par l’association Génie Maroc au niveau de chaque université ainsi que de leur opérationnalité, due à l’absence de vulgarisation de ce dispositif. Par contre,  le Forum national de l’entrepreneuriat universitaire (FNEU)[18], initié par Génie Maroc, connaît un soutien partagé de la part du RMIE et des universités.
  • Enfin, l’existence de start-up réussis sur le marché n’est pas significative et 80% des réponses révèlent un manque de confiance en des start-up qui peuvent pérenniser.

L’appellation entrepreneuriat universitaire existe dans toutes les universités publiques et même privées, mais elle reste malheureusement cantonnée à « un effet de mode ».

Nos entretiens avec certains enseignants –chercheurs affirment que l’entrepreneuriat universitaire aujourd’hui est connu comme concept,  et il n’est pas encore arrivé au stade de maturité pour devenir un dispositif à part entière afin de lutter contre le chômage des lauréats universitaires et afin de  contribuer au développement de l’économie nationale et locale.

Cette position est soutenue par les étudiants porteurs de projets qui témoignent d’un accompagnement insuffisant : l’incubateur universitaire est certes une entité qui existe et auprès de laquelle on dépose les dossiers et les projets entrepreneuriaux mais qui manque d’efficacité et d’efficience. Cette inefficacité est due au manque de moyens humains et financiers, de vision stratégique futuriste, de collaboration synergique avec d’autres acteurs de l’entrepreneuriat universitaire.

Malgré les efforts du RMIE pour créer cette alliance et son rôle fédérateur  auprès des différents incubateurs universitaires, il n’y a que 6 incubateurs toujours actifs, d’autres ont fermé.

Créé en 2002 au sein du Centre National de la Recherche Scientifique et Technique (CNRST), le RMIE représente donc la volonté politique duMinistère chargé de l’enseignement supérieur et la recherche scientifique au Maroc pour valoriser l’entrepreneuriat au sein de l’université marocaine. Cette volonté se traduit aussi par la réforme de l’enseignement supérieur, propulseur de la création d’incubateurs universitaires.

Le RMIE a assisté à la soumission de 111 projets dont 56 retenus (14 réalisés et 18 en cours). Toutefois, plusieurs défis doivent être relevés :

  • Autonomie de la structure d’incubation ;
  • Mise en place de système approprié d’évaluation et de suivi ;
  • Management des ressources humaines dédiés à la gestion des incubateurs (turnover important : les incubateurs sont gérés par des enseignants –chercheurs à temps partiel et par bénévolat) ;
  • Ancrer les incubateurs dans leurs environnement socio-économique régional ;
  • Labellisation des incubateurs.

De ce fait, le rôle du tissu associatif reste aussi très primordial pour participer à la diffusion de l’esprit d’entrepreneuriat chez les étudiants et les jeunes au Maroc. L’association Génie Maroc constitue la première association marocaine œuvrant dans le domaine de l’esprit d’entrepreneuriat et de leadership dans le milieu universitaire au Maroc. Il focalise ses efforts sur l’organisation des grandes manifestations et des sessions de formations ayant rapport avec l’entrepreneuriat et  l’innovation, ainsi que l’encadrement des étudiants porteurs de projets.

Cette ONG leader au Maroc et à l’échelle méditerranéenne représente un modèle unique lancée par des étudiants marocains depuis 2008 et dont l’accomplissement de sa mission passe par :

  • l’organisation et la participation aux différentes manifestations d’innovation et de création d’entreprises à l’échelle nationale et internationale;
  • l’organisation de sessions de formations dans l’entrepreneuriat au profit des étudiants et des professeurs ;
  • l’accompagnement des étudiants porteurs de projets ;
  • l’encouragement de la recherche dans différents domaines en relation avec l’entrepreneuriat;
  • l’encouragement de la participation des entreprises marocaines dans la promotion de l’employabilité et de l’entrepreneuriat à l’université marocaine, dans le cadre de leur Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE).

Certes, l’acteur associatifne peut remplacer l’université dans sa mission de formation, mais il contribue à nourrir l’esprit entrepreneurial chez les étudiants et à  leur inculquer les bases de l’entrepreneuriat en général.L’université doit rester « maître de la situation »  et la référence dans le domaine  des formations dédiées à l’entrepreneuriat, notamment qu’il y a de la demande du côté des étudiants, toutes filières confondues.Elle doit donc être à la hauteur de la demande et offrir un enseignement de qualité en la matière. Dispenser de la formation est le point de départ pour instaurer un entrepreneuriat universitaire.

Il lui incombe dès lors la responsabilité de développer l’employabilité et le savoir-faire des étudiants. Pour ce faire, les formations offertes doivent être repensées de manière à être porteuse de valeur ajoutée et à répondre aux besoins du marché de l’emploi et de susciter un accompagnement la mise en place de solutions[19][20].

Conclusion

Nousconstatons une convergence dans les réponses des différents acteurs vis-à-vis du cadre opérationnel en matière de l’entreprenariat universitaire. Même les acteurs institutionnels stipulent que les dispositifs mis  en place pour encourager l’entrepreneuriat au sein de l’université marocaine devraient être plus développés et à la hauteur des attentes et exigences des porteurs de projets.

L’université devrait d’abord dispenser, pour les étudiants,  les formations adéquates pour  faire émerger l’esprit entrepreneurial et doter le porteur d’idée d’outils, d’aptitudes, de savoir et savoir-faire pour concrétiser cette idée. Ensuite, elle doit  mettre à leur disposition les moyens nécessaires pour développer le projet vers la création d’entreprise. L’incubation étant le résultat des efforts déployés par l’université et ses partenaires, ne devrait pas être l’objectif final du porteur de projet ; ce n’est qu’une étape et un aboutissement à court terme et qui doit fournir au futur entrepreneur les outils pour créer son entreprise sur le terrain et la rendre autonome vis-à-vis de  l’incubateur universitaire. Ce dernier doit donc aider un adhérant à préparer sa sortie de l’incubation et gérer ainsi la rupture de sa couvaison.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie

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[1]Filion L. J. (1997), Le champ de l’entrepreneuriat : historique, évolution, tendances, Cahier de recherche n°97.01, HEC Montréal.

[2]Koubaa S. et Sahibeddine A. (2012), L’intention entrepreneuriale des étudiants au Maroc : une analyse PLS de la méthode des équations structurelles, 2ème journée de recherche sur l’entrepreneuriat Bordeaux-Monptellier, 28 juin 2012, pp. 54-67.

[3]Voir aussi Benredjem R. (2010), L’intention entrepreneuriale : l’influence des facteurs liés à l’individu et au milieu, Cahier de Recherche 2009-21 E4, Centre d’Etudes et de Recherches Appliquées à la Gestion (CERAG) ? UMR CNRS, Grenoble.

[4]Fayolle A. (2004), A la recherche du cœur de l’entrepreneuriat : vers une nouvelle vision du domaine ». Revue Internationale PME. Vol 17, n°1, pp. 101-121.

[5]Voir aussi Fayolle A. (2005), Introduction à l’entrepreneuriat, Paris, Dunod.

[6] CNJA : Conseil National de la Jeunesse et de l’Avenir.

[7] PIACE : Programme d’Information et d’Assistance à la Création d’Entreprises.

[8] ANPME : Agence Nationale pour la Promotion de Petite et Moyenne Entreprise.

[9]Schmitt C. et Bayad M. (2003b), L’entrepreneuriat dans les universités françaises : Regard sur le dispositif d’incubation, Association Internationale de Recherche en Entrepreneuriat et PME (AIREPME), Actes du colloque d’Agadir, pp.6-7.

[10]Voiraussi Schmitt C. et Bayad M. (2003a), Entrepreneurship and university: reflections on the role of university incubators, IAMOT, 13-15 may.

[11]Schmitt et al. (2005), Université et entrepreneuriat : vers le développement d’une relation paradoxale ? In Schmitt C. (dir.) Université et entrepreneuriat : une relation en quête de sens, Paris, Harmattan,  p. 191.

[12]Skouri A. (2005), Université et entrepreneuriat au Maroc : état des lieux et perspectives d’évolution. In Schmitt C. (dir.) Université et entrepreneuriat : une relation en quête de sens, Paris, Harmattan, pp. 81-120.

[13]Voir aussi Albert et al. (2003), Incubateurs et pépinières d’entreprises : un panorama international, Economie et Innovation.

[14]Schmitt et al. (2005),op.cit., pp. 181-215.

[15]Voir Aurelle Y. (1998), De la création scientifique à la création industrielle, Réalité industrielle, novembre 1998.

[16]Schmitt C. (2004), Pour une approche dialectique de la relation entre recherche et pratiques entrepreneuriales : une relation en quête de sens, Revue Internationale PME, vol 17, n°3-4, pp. 43-68.

[17]Bayad M. et Schmitt C. (2005), Université et entrepreneuriat : la diversité des modèles, In Schmitt C. (dir.) Université et entrepreneuriat : une relation en quête de sens, Paris, Harmattan, pp. 289-301.

[18] La troisième édition de ce forum a eu lieu  les 25 et 26 avril 2014 à la Faculté des Sciences Semlalia-Marrakech.

[19]Boussetta M. (2003),  Formation à la culture entrepreneuriale: l’expérience de l’Ecole Doctorale de Gestion de l’Université de Rabat–Agdal au Maroc, Association Internationale de Recherche en Entrepreneuriat et PME (AIREPME), Actes du colloque d’Agadir, p. 12.

[20]Bouslikhane A. et Schmitt C. (2010), Former à l’entrepreneuriat par la modélisation : Présentation  d’une expérience de formation dans une école au Maroc, 2ème Colloque International Francophone sur la Complexité, Université de Lille, Equipe CIREL-TRIGONE, p. 18.