La présence marocaine au Mali

93

La présence marocaine au Mali

The Moroccan presence in Mali

 

Auteur

CHOUHAIBI Asmaa

Doctorante en Economie Appliquée à la FSJES-Salé

Laboratoire : Entreprenariat et Développement Local

FSJES de Salé

UM5 Rabat

Email : asmae.chouhaibi@gmail.com

 

 

 

Introduction

Le Maroc développe du reste, depuis plusieurs années, une politique africaine ambitieuse à plusieurs niveaux, en misant sur une connaissance plus fine des besoins de développement socio-économiques de ses partenaires africains, notamment ceux de son voisinage méridional sahélo-saharien.

Les stratégies déployées par les grands opérateurs économiques marocains, tels que l’Office chérifien des phosphates, la banque Attijariwafabank, la compagnie aérienne – Royal Air Maroc (RAM) –, les groupes immobiliers, les groupes pharmaceutiques et les groupes de presse pour ne citer que ces secteurs, en pleine croissance, attestent de la percée réelle et significative des entreprises marocaines sur les marchés africains.

L’Afrique de l’ouest est désormais un élément constitutif de la diplomatie économique du Maroc qui allie la confortation des parts de marchés du Maroc en Afrique à la prise en compte des besoins spécifiques des pays ouest  africains partenaires.

De nouvelles opérations de « triangulation » intelligentes sont également le fait d’entreprises mondiales et françaises, notamment, qui capitalisent sur les atouts du Maroc pour en faire une plate-forme et une base de production pour leur « entrée » sur le marché africain.

En effet, dans le cadre de la coopération Sud-Sud, on voit que le Maroc coopère avec un certain nombre de pays ouest africain et dont les opportunités sont multiples, notamment avec ceux qui sont francophones.

Le présent travail met l’accent principalement sur les relations économiques entre le Maroc et le Mali, vu les relations multiséculaires qui datent depuis longtemps, ainsi que les opportunités multiples présentées dans plusieurs travaux de recherche et rapports (BCEAO, BAFD, OCDE…).

III.1. Aperçu général sur le marché malien 

Le Mali est plus vaste pays d’Afrique de l’Ouest avec une superficie de 1 240 192 Km2    . La population malienne est estimée à 16 174 580 habitants (2015), soit une densité moyenne de 11,7 habitants au km2 les moins de 25 ans représentent environ 68% de la population totale. Sa répartition est très inégale puisque les neuf dixièmes des maliens habitent dans le sud du pays. La population est rurale à 66%.

III.1.1. Structure économique

L’économie du Mali est essentiellement agricole : environ 80% de la population vit de l’agriculture et de la pêche, les activités industrielles concernant essentiellement la transformation de la production agricole.

Tableau1: Indicateurs macroéconomiques du Mali

  2012 2013 2014 2015 2016 (P)
Croissance du PIB en % -1,2 5,0 6,7 5, 6 5,1
Taux de croissance du PIB réel par habitants -4,2 2,0 3,6 2,6 1,9
 Taux d’inflation 5,3 0,3 2,1 2,2 2,7
Solde budgétaire (% PIB) -1,3 2,5 3,9 4,5 -5,1
Compte courant (% PIB) -3,0 -9,8 -14,3 -17,0 -3,7

Source : BAFD, OCDE, PNUD

La croissance économique est surtout portée par les productions céréalière et cotonnière, cette prédominance du secteur primaire rend l’économie malienne très vulnérables aux aléas climatiques et aux fluctuations des cours des matières premières, en particulier ceux du coton, qui constitue l’une des deux principales ressources d’exportation (avec la production aurifère).

Par conséquent, la meilleure exploitation du potentiel de terre irrigables, la modernisation des équipements agricoles, l’amélioration des infrastructures routières et la diversification de l’économie constituent des priorités pour le développement du Mai. Les politiques d’ajustement structurel mises en œuvre sur la pression des bailleurs de fonds internationaux, conjuguées à la dévaluation du franc CFA, en janvier 1994, ont un coût social élevé et se traduisent par une aggravation des conditions de vie de la population.

Tableau 2 : Investissements Directs Etrangers au Mali

  2012 2013 2014
Flux d’IDE entrants (millions USD) 398 308 199
Stock d’IDE (millions USD) 2875,3 3325,2 3109,4
IDE entrants (en % de le FBCF[1]) 20,8 13,6 6,4
Stock d’IDE (en % du PIB) 27,5

 

30,0 26,1

Source : CNUCED 2014

En raison d’une forte tradition agropastorale, l’élevage constitue une activité primordiale de l’économie malienne (environ 10% du PIB) et la principale ressource de 30% de la population.

Les ressources minières sont les phosphates, le sel, l’uranium et surtout l’or, dont le Mali est devenu l’un des tous premiers producteurs en Afrique et qui, au début des années 2000, a supplanté le coton comme premier produit d’exportation.

L’activité industrielle au Mali est concentrée autour de l’agroalimentaire et du coton, et est principalement implantée à Bamako. Dans le secteur des services, le tourisme tend à occuper une place de plus en plus importante, même si son essor est ralenti par le manque d’infrastructures hôtelières et la difficulté des transports.

III.1.2.Structure commerciale

Le Mali possède des richesses non négligeables. Après l’Egypte, il est le deuxième producteur de coton avec 60. 000 tonnes par an. Sur le plan agricole, il dispose de 2,2 millions d’hectare irrigables. Il est le troisième producteur d’or même si les gisements ne sont exploités que partiellement à cause du coût élevé de l’électricité.

Tableau 3: Indicateurs du Commerce extérieur du Mali

  2012 2013 2014 2015
Balance Commerciale 0,7 -6,4 -9,8 -12,5
Exportations de biens (f.o.b.) 28,4 23,5 21,2 19,2
Importations de biens (f.o.b.) 27,7 29,9 30,9 31,7
Services -7,4 -20,3 -8,1 -7,7
Revenu des facteurs -4,9 -4,6 -4,7 -4,3
Transferts courants 8,6 21,6 8,2 7,5
Solde des comptes courants -3,0 -9,8 -14,3 -17,0

Source : BAFD, OCDE, PNUD

Les principales exportations concernant le coton, le bétail, les arachides et le poisson. Le pays importe essentiellement des produits pétroliers, des véhicules automobiles, des poissons alimentaires, des machines et des produits chimiques.

Les principaux fournisseurs du Mali sont la France, la Chine, la Côte d’Ivoire et le Sénégal (ces dernières années la Chine occupe une place prépondérante)

En ce qui concerne les importations, le Mali acquiert des divers produits d’outre-mer, notamment les aliments, les médicaments, les produits électriques et les biens d’équipement.

L’Union Européenne est le principal partenaire commercial du Mali. Au sein des pays européens, la France, l’Allemagne, la Belgique et le Luxemburg sont les principaux partenaires du Mali. Les Etats-Unis, le Japon et la Côte d’Ivoire sont également des sources d’approvisionnement du Mali.

III.2. Relations économiques Maroco-Maliennes

Les accords et les conventions de partenariat liant Rabat et Bamako ont connu une forte impulsion durant la dernière décennie, traduisant la promotion d’une coopération Sud-Sud bénéfique à chacun et au service des peuples, de la stabilité et de la paix.

Les relations entre le Royaume du Maroc et la République du Mali ne datent pas d’hier et couvrent divers domaines, allant du politique au social, passant par le sport et la culture, et bien évidemment la coopération en matière de gestion de la chose religieuse à laquelle les dirigeants des deux pays accordent une place de choix en vue de pérenniser les valeurs communes que partagent les deux peuples, Marocains et Maliens, des siècles durant.

Le Maroc et le Mali ont insufflé une nouvelle dynamique à leurs relations bilatérales multiformes et volontaristes, grâce notamment à l’échange régulier de visites entre hauts responsables et aux accords et conventions signés dans de nombreux domaines.

III.2.1.Les échanges commerciaux Maroco-Maliennes 

En effet les échanges commerciaux ont connu une progression nette en passant de 4% en 2004 à 16% en 2014, cependant, malgré cette progression, la situation des échanges commerciaux reste en deçà des attentes des deux pays.

Graphique 1 : Evolution des échanges commerciaux maroco-Maliennes en Millions de Dhs (2004-2014)

Source : Office des changes (calcul de l’auteur)

 

Les échanges commerciaux entre le Maroc et le Mali sont passées globalement de 157 Millions de Dhs en 2004 à 555 Millions de Dhs en 2014, soit une progression de l’ordre  de 12%. Durant la période 2004 -2014, le Mali est le cinquième partenaire commerciale (6%) du Maroc parmi les pays de la Communauté Economique Des Etats d’Afrique de l’Ouest.

Les importations du Maroc à partir de ce pays ont connu une diminution  durant la période 2004-2014, passant de 48 Millions de Dhs en 2004 à 17 Millions de dhs en 2014, soit une baisse de 38 Millions de Dhs.

Cependant, les exportations marocaines vers le Mali ont connu une progression au cours de la période 2004-2007 avec un moyen de 18 Millions de dhs, pour reculer au cours de la période 2008-2009, et progresser à partir de 2010 jusqu’au 2014 pour atteindre 538 Millions de Dhs, grâce à l’expansion de nos ventes de vêtements confectionnées.

En 2004, le Maroc a expédié à ce pays l’équivalent de :

  • 22,9 Millions de dhs de divers produits finis de consommation ;
  • 18,2 M. dhs des fils et câbles pour l’électricité ;
  • 17 M. dhs de divers demi produits ;
  • 14,4 Millions de dhs de vêtements confectionnées ;
  • 13,8 M. dhs de divers produits finis d’équipement industriel ;
  • 6,8 M. dhs des poissons en conserves ;
  • 4,9 M. dhs de chaussures ;
  • 3 M. dhs des bandages et pneumatiques ;
  • 1,9 M. dhs de divers produits d’origine animale et végétale ;
  • 1,9 M. dhs de divers produits alimentaires et 1,2 M. dhs de tôles.

Par conséquent, le solde commerciale est toujours positif, en 2014, nos échanges commerciaux ont dégagé un surplus de 521 Millions de Dhs. Nos ventes dans cette année couvrent dix fois plus nos achats de ce pays, les relations commerciales demeurent en deçà des attentes des deux pays. D’où la nécessité d’impulser  une nouvelle dynamique en vue de promouvoir les échanges commerciaux.

La visite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI au Mali, en février dernier, a débouché sur un important accord signé entre Maroc-Export, l’Office des foires et expositions de Casablanca (OFEC) et la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM).

Ce rapprochement s’inscrit incontestablement dans le sillage de la coopération Sud-Sud dont le Maroc ne cesse de prôner  le renforcement, cet accord constitue un puissant levier de la coopération bilatérale des deux pays, d’autant plus qu’il vise à raffermir la collaboration institutionnelle et l’essor des activités promotionnelles dans l’optique d’amplifier les relations commerciales entre les entreprises marocaines et maliennes.

III.2.2. Les Investissements Directs Etrangers Maroco- Maliens

Dans ce cadre, de nombreux accords, conventions de partenariats ont été conclues, ainsi que des forums et séminaires, s’ajoutent aux visites réciproques des deux chefs d’Etats, dont l’objectif est de renforcer les relations d’investissements entre les deux pays.

 

 

 

 

Graphique 2 : Evolution des Investissements Directs Etrangers Maroco-Maliens en Millions de Dirhams au cours de la période (2004-2014)

Source : Office des changes (calcul de l’auteur)

Durant cette période, les investissements entre les deux pays n’ont commencé qu’en 2008 avec 671,3 Millions de dirhams, pour augmenter au cours de la période (2009-2010), soit respectivement (1647,1 et 1576,5 Millions de dirhams), et reculer à partir de 2011 jusqu’au 2014 pour atteindre 35,7 Millions de dirhams.

Cette diminution est due généralement à l’instabilité politique[2] qu a connaît le pays depuis 2012, à la suite d’une insurrection de groupes armés salafistes (Boko haram) et indépendantistes.

Le volume des investissements marocains au Mali reste modeste, orienté spécialement dans le domaine banquier avec la détention de la Banque Marocaine du Commerce Extérieur (BMCE) de 17% du capital de la Banque de développement du Mali et d’Attijari Wafa Bank de 51% de la Banque Internationale pour le Mali (BIM). D’un autre côté Maroc Telecom acquit 51% du capital (275 Millions d’euros) de la première Société de Téléphonie du Mali (SOTELMA). Ainsi plusieurs investisseurs marocains (l’ONA, Group Châabi, Scet Com, des bureaux d’études…) ont découvert le Mali comme un marché porteur dans lequel ils ont lancé plusieurs projets.

Il y a des perspectives dans le secteur de l’agro- industrie singulièrement les fruits et légumes, et le textile pour lequel la Mali est disposé à créer les conditions nécessaires à l’implantation d’une filature.

Le transport aérien est aussi un secteur promoteur où les conditions de création d’une compagnie forte et apte à assurer des services de qualité sont à présent réunies. Les investisseurs marocains pourraient également s’essayer dans les créneaux de la grande et moyenne distribution qui sont certainement le chaînon manquant de nos échanges commerciaux.

Ynna Holding (Groupe Châabi) poursuit, en plus de son métier classique, le BTP, des projets d’hôtellerie et d’autres filières de tourisme. Ainsi, ce groupe Châabi, spécialisé dans la grande distribution, le bâtiment et les industries de construction, a manifesté son intention d’investir au Mali dans la réalisation d’une cimenterie d’environ un million de tonnes de capacité nominale par an. Le groupe est, en outre, intéressé par le circuit de la grande distribution notamment dans le secteur de la commercialisation des produits agricoles.

Par ailleurs, la présence dans cet espace malien d’une autre société marocaine « Advisory Finance Group » spécialisée dans les banques, et l’agro-industrie a, elle, évoqué les perspectives d’une coopération dans le domaine de l’industrie de la filature.

Sur un autre plan, Maroc Telecom et Global star se sont montrés  intéressées à une prise de participation au capital de la Sotelma et au développement de la communication satellitaire pour desservir les zones non encore couvertes par des réseaux téléphoniques.

Cependant, le secteur privé marocain a besoin d’être rassuré sur la sécurité des investissements, ainsi que par le coût  de l’électricité qui reste très élevé.

 

 

 

 

 

 

 

Conclusion

La présence marocaine au Mali vise le développement des relations économiques entre les deux pays, le renforcement des capacités productives et commerciales du secteur privé malien dans le cadre de la reconstruction de l’économie malienne à travers le partenariat avec le secteur privé marocain, une meilleure compréhension mutuelle entre les acteurs économiques des deux pays.

Elle vise également la création de partenariats concrets dans les secteurs essentiels de l’économie des deux pays, l’instauration d’un cadre de concertation permanent, ainsi que le transfert de savoir-faire marocain et malien et la création de joint-ventures dans les secteurs en partenariat.

Par ailleurs, la coopération et le partenariat entre les entreprises et les hommes d’affaires maliens et marocains représente une nécessité.

[1] La Formation Brute du Capital Fixe (FBCF) est un indicateur mesurant la somme des investissements essentiellement matériels, réalisés pendant une année.

[2] La guerre du Mali est une des conséquences de la guerre civile libyenne, après le renversement du régime de Kadhafi.