Le consumérisme, stimulateur de la pollution
des économies de services
| Othmane RCHI, Doctorant au Laboratoire d’Economie et Management des Organisations (EMO) Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales Mohammed Ier othmane.rchi@gmail.com | Mehdi LECHGUAR, Doctorant au Laboratoire d’Actuariat, Criminalité Financière et Migration Internationale (ACFMI), Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales Ain Chock lechguar.mehdi@gmail.com |
| Résumé Le consumérisme, un engagement social puissant relatif à l’achat de nombreux biens et services sur le marché[1]. Selon la loi d’Engel les consommateurs changent la façon dont ils répartissent leurs revenus entre divers postes de dépenses quand ces derniers tendent à augmenter. D’après cette loi, la part du budget dédiée à la consommation de produits de base évolue avec une tendance moins rapide que celle du revenu, alors que celui attribué à la consommation des produits de luxe progresse plus rapidement. Les services étant généralement perçus comme des consommations supérieures[2], cette loi est donc cruciale dans le mécanisme de tertiarisation. Cet article a pour but de tester l’idée que la consommation est réellement une source capitale d’externalités environnementales au sein des pays avancés et nous cernons des actes stylisés du corollaire direct de cette consommation : les émissions de déchets par les ménages. A cet effet, il serait opportun d’analyser l’influence de la consommation sur l’évolution des indicateurs qui prouvent la pression exercée sur l’environnement pendant la tertiarisation des activités. Mots clés : Consumérisme, environnement, tertiaire, services. | Abstract Consumerism, a powerful social commitment relating to the purchase of many goods and services in the market. According to Engel’s law, consumers change the way they allocate their income among various expense items when they tend to increase. According to this law, the share of the budget dedicated to the consumption of basic products is growing at a slower trend than that of income, while that allocated to the consumption of luxury products is growing more rapidly. As services are generally perceived as higher consumption, this law is therefore crucial in the service delivery mechanism. This article aims to test the idea that consumption is really a major source of environmental externalities in advanced countries and we identify stylized acts of the direct corollary of this consumption: emissions of waste by households. To this end, it would be appropriate to analyze the influence of consumption on the evolution of indicators that prove the pressure exerted on the environment during the tertiarization of activities. Keywords : Consumerism, environment, tertiary sector, services |
La consommation de matière par l’économie, les émissions CO2 et la production de déchets ; sont les trois indicateurs influencés par la consommation et qui dévoilent une augmentation de la pression que l’économie exerce sur l’environnement lors de la tertiarisation des activités. En analysant le postulat propagé d’une dématérialisation graduelle des économies avancées, des chercheurs[3] évaluent la masse de la production américaine (en million de tonnes) et sa progression durant la période de 1900 à 1998 (figure 2.1 -a). Leur recherche expose une hausse progressive de cette masse sur toute la durée examinée, tout en notant aussi une augmentation pendant les années 1960 (jusqu’à la crise pétrolière de 1973) et pendant les années 1990.
En cherchant les causes relatives à cette croissance, les études conduiront à l’évolution d’un nouveau facteur, qui est la masse par unité de PIB (figure 2.1 -b). On remarque que l’indice Masse/PIB a été approximativement diminué de 50% pendant la période 1900-1998, chose qui explique la présence d’un développement technique convenable à la diminution de l’utilisation de matières au sein de la production. Cette baisse, qui paraît avoir commencé durant les années 1920-1930, est l’opposé de la poussée globale de la masse de la production américaine. Selon Ayres, c’est la hausse de la consommation qui retient la baisse de la masse globale. Donc pour illuminer la corrélation existante entre ces deux indices, on peut tenir compte la relation comptable représentée par l’équation (2.1).
M, Y et N qui sont respectivement la masse en tonnes, le PIB (en dollars constants) et le niveau de la population. La masse M augmente d’une façon progressive (figure 2.1 (a)), Alors que l’indice baisse (figure 2.1 (b)). On peut donc expliquer la hausse de M par une progression du PIB,, qui est supérieure à la diminution de , cette évolution supérieure est le résultat d’une importante progression de la consommation par individu[4], estimé ici par l’indicateur .
Figure 2.1 – L’évolution de la masse (en millions de tonnes) de l’économie américaine entre 1900 et 1998 a : par unité de PIB, b : par tête.
Source : Robert Ayres, Leslie Ayres et Benjamin Warr, « Is the US economy dematerializing ? main indicators and drivers », In Economics of Industrial Ecology, Editors, Goteborg, 2004, P[57-93], P59.
Le deuxième indicateur de pollution sur lequel on va se pencher est l’évolution des émissions de CO2. Les normes mondiales dans la sphère de l’évaluation de la pollution de l’atmosphère suivent une vision de production qui conseille aux agences nationales d’évaluation de prendre en considération seulement les émissions des unités productives au sein du territoire national. Une évaluation comme celle-ci ne reconnaît pas les phénomènes de délocalisation et/ ou d’importation des productions polluantes. Le Centre National de l’Environnement (CNE), utilise cette vision et convient à une baisse des émissions nationales de CO2 de 10% entre 1990 et 2010. Un cabinet de conseil en matière de réduction des émissions CO2 a essayé d’évaluer le degré des émissions de CO2 provenant de la consommation et sa progression, et a proposé de soustraire aux émissions officielles, celles qui proviennent de la production de produits exportés et d’y ajouter celles provenant de la production de produits importés. Cette approche, centrée sur la consommation, alloue de conclure vers une hausse des émissions nationales de 25 % entre 1990 et 2010. En prenant en considération l’expansion de la population marocaine, les émissions de CO2 de la consommation individuelle au Maroc ont ainsi augmenté de 14 % depuis 1990 si l’on retient les chiffres avancés par le CNE.
Maintenant, nous nous penchons vers la croissance des émissions de déchets municipaux. La figure 2.2 montre la progression des émissions de déchets municipaux par individu au Maroc et dans l’Union Européenne (Union des 27) de 1995 à 2009, ainsi que les émissions totales quotidiennes par individu aux Etats Unis depuis 1960. Une trajectoire comme celle-ci est complexe à approuver en prenant en considération l’intervalle de temps plus réduit couvert par les données. On note pourtant qu’une telle trajectoire est constatée au Maroc depuis 1960 par le CNE. Parallèlement, on remarque une stabilisation des degrés d’émissions européennes depuis 2000, ce qui joue en faveur de l’hypothèse d’une forme logistique de l’évolution des décharges de déchets municipaux.
Figure 2.2 – Le flux de déchets municipaux a : annuels en Union Européenne, b : journaliers au Maroc
Source :http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/wast
http://www.epa.gov/wastes/nonhaz/municipal/
Entre 1960 et 1990, la tertiarisation des emplois et de la production a marqué cette période aux États-Unis, mais cela correspond également à une forte augmentation des émissions de déchets (figure 2.2 (b)). Notons que Fourastié[5] et Baumol[6] s’attendent à ce que la tertiarisation des activités pousse la consommation de matières premières à devenir de plus en plus stable. Baumol a tenté d’expliquer l’augmentation des rejets de déchets des consommateurs par la maladie des coûts : si les salaires dans une économie donnée augmentent au rythme de la productivité moyenne, alors le coût et le prix du secteur industriel continueront d’être supérieurs à la productivité moyenne, cependant, la productivité du secteur des services, traditionnellement inférieure à la moyenne, augmentera constamment. Après avoir appliqué ce raisonnement aux services de réparation et aux services de production de biens durables, Baumol a conclu que l’abandon d’un produit et l’achat d’un nouveau produit au lieu d’essayer de le réparer sera moins cher, ce qui engendre une augmentation des rejets de déchets. Cependant, cette explication se limite aux biens durables et ne permet pas de considérer la stagnation depuis 2000. En effet, il n’y a aucune raison pour que la maladie du coût arrête soudainement d’affecter les jugements des consommateurs à cette date.
Ces données remettent en question l’explication de l’évolution de la consommation matérielle par les théories de la croissance tertiaire. La figure 2.3 représente le niveau de déchets municipaux émis et la part des services dans le PIB nominal pour un nombre de pays européens entre 2001 et 2006.
De ce fait, ces données ne seront pas utilisées pour monter une trajectoire type (la figure 2.2 reflète parfaitement les trajectoires nationales). Notre but est de montrer que les rejets des déchets municipaux sont en corrélation avec la part des services dans la production, ainsi la différence des situations nationales se traduit par une dispersion très prononcée du nuage de points autour de la droite de régression. Les profils nationaux sont hétérogènes à niveau de tertiarisation en ce qui concerne le rejet des déchets (et de consommation matérielle par conséquent), cela ne peut pas être expliqué ni avec les théories de la croissance tertiaire, ni avec la maladie des coûts.
Figure 2.3 – La relation entre tertiarisation de la production (PIB en valeur) et flux annuels de déchets municipaux pour un panel de pays de l’Union Européenne entre 2001 et 2006.
Source :http://data.worldbank.org/indicator/NV.SRhttp://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/waste/data/sectors/minicipals_waste
A cet effet, la consommation matérielle accrue est un facteur majeur de la pollution dans les économies tertiaires. Actuellement, cette dynamique n’est pas suffisamment expliquée par les théories traditionnelles de la croissance tertiaire. Nous constatons que l’émission de déchets municipaux aux Etats-Unis, au Maroc et dans l’Union Européenne a un aspect logistique en relation avec l’émission des déchets matériels des ménages. En outre, il y a une corrélation positive et significative entre la part des services dans le PIB et le niveau des déchets municipaux, mais elle demeure faible à cause de l’hétérogénéité des émissions nationales pour un niveau de tertiarisation donné. De tels aspects doivent être expliqués pour avoir une théorie de l’évolution de la consommation au cours de tertiarisation satisfaisante.
[1] James Gustave Speth, The Bridge at the Edge of the World, Yale University Press, Connecticut, 2009, P147.
[2] Jean Fourastié, Le grand espoir du XXème siècle, Gallimard, Paris, 1963, P119.
[3] Robert Ayres, Leslie Ayres et Benjamin Warr, « Is the US economy dematerializing ? main indicators and drivers », In Economics of Industrial Ecology, Editors, Goteborg, 2004, P[57-93], P59.
[4] Ibidem, P62.
[5] Jean Fourastié, Le grand espoir du XXème siècle, Gallimard, Paris, 1963, P133.
[6] William J. Baumol, « Macroeconomics of unbalanced growth : The anatomy of urban crisis » In The American Economic Review, Vol 57, Washington, 1967, PP [415-426], P 423.
